L’histoire vraie de Sans scrupules

L'histoire vraie de Sans scrupules

Avis et explication sur le téléfilm de Arte avec Elisa Schlott

Le téléfilm Sans scrupules est inspiré d’une histoire vraie ou, plus justement, de plusieurs histoires vraies. L’audacieuse Agatha Novak, interprétée au souffle près par Elisa Schlott, abandonne son destin de journaliste sportive afin de devenir reporter pour le site internet populaire True Newz reflet numérique contemporain de la presse à scandale. Agatha Novak va rapidement franchir toutes les limites de l’éthique pour ramener un scoop à sa rédaction ! La jeune journaliste de True Newz jette sans égard un jeune homme à l’opprobre populaire !

Des histoires vraies qui ont choqué l’Allemagne

Le téléfilm allemand Sans scrupules réalisé par Daniel Andreas Sager en 2025 trouve les origines de son récit dans les scandales de la presse populaire germanique. L’histoire de Sans scrupules est une fiction dont les racines s’avèrent des histoires vraies qui ont choqué l’Allemagne ! En 2010 en Allemagne, trois étudiants ont été accusés d’avoir incendié le bus d’un club de football. Les accusations se sont avérées inexactes car les trois jeunes hommes étaient innocents. Cependant, avant l’abandon des charges contre les étudiants, le quotidien populaire Bild avait publié en première page une photo des trois étudiants les désignant explicitement comme les auteurs de l’incendie sous le titre “Wir sind die Täter” qui signifie en français “Nous sommes les criminels”. La photo en première page de Bild avait brisé la vie des étudiants tout en constituant une violation flagrante de la présomption d’innocence. Le Deutscher Presserat, le Conseil de la presse allemande, avait émis une sévère réprimande publique contre le journal Bild pour ce scoop totalement faux. Cette histoire vraie montre les méthodes de la presse populaire allemande, la Boulevardpresse, qui consiste à désigner des innocents comme coupables afin de créer un scoop à sensation ! En 2018, l’affaire du journaliste Claas Relotius secouait l’Allemagne car l’homme avait notamment travaillé pour le très respectueux hebdomadaire allemand Der Spiegel. Claas Relotius, un journaliste récompensé par ses consorts, a été démasqué pour avoir inventé des histoires, des citations et des personnages entiers dans des nombreux reportages pour Der Spiegel ! Un de ses reportages avait pour sujet la petite ville américaine de Fergus Falls. Dans son article, Claas Relotius dépeignait Fergus Falls et ses habitants comme des partisans caricaturaux de Donald Trump, remplis de haine, de préjugés, et possédant des armes à feu. Les habitants de Fergus Falls, notamment les personnes citées ou décrites dans l’article de Claas Relotius, se sont retrouvés publiquement humiliés et diffamés aux yeux d’un lectorat international ! Le téléfilm Sans scrupules dresse le portrait de Agatha Novak jeune femme journaliste ambitieuse prête à tout pour réussir dans la presse à scandale. L’histoire d’une femme qui nourrit la presse à scandale peut sembler invraisemblable pourtant c’est bien une femme qui a dirigé le quotidien populaire Bild ! Tanit Koch née en 1978 a été rédactrice en chef du journal Bild en édition papier et numérique de 2016 à 2018. Tanit Koch ne rédigeait pas elle-même les scoops hâtifs mais elle était la responsable de l’orientation du journal Bild régulièrement critiqué pour ses méthodes sensationnalistes et ses informations parfois simplistes. True Newz, le titre du média en ligne pour lequel travaille Agatha Novak, est également au confluent d’histoires vraies ! Le nom True Newz évoque à un mélange du nom du réseau social Truth Social de Donald Trump et du média en ligne Nius dirigé par Julian Reichelt ancien rédacteur en chef du quotidien Bild. Malgré toutes ces similitudes, afin de se prémunir contre d’éventuelles poursuites, Sans scrupules affiche au début du téléfilm un avertissement précisant que l’intrigue et tous les personnages du film sont fictifs.

Elisa Schlott incarne Agatha Novak dans toute sa détermination de femme journaliste avide de scoop mais aussi dans ses incertitudes et ses errances

Notre avis sur Sans scrupules est enthousiaste car la jeune actrice Elisa Schlott incarne Agatha Novak dans toute sa détermination de femme journaliste avide de scoop mais aussi dans ses incertitudes et ses errances. La tonalité très réaliste du téléfilm Sans scrupules est l’œuvre de son réalisateur Daniel Andreas Sager auteur de plusieurs documentaires. Daniel Andreas Sager a notamment réalisé en 2021 un documentaire captivant intitulé Hinter den Schlagzeilen portant sur le travail du service d’investigation du journal Süddeutsche Zeitung mais aussi un documentaire intitulé Erfundene Wahrheit en 2023 qui relate l’histoire vraie de Claas Relotius le journaliste imposteur du magazine Der Spiegel. Ainsi, nimbé dans sa culture du documentaire sur la profession de journaliste, le téléfilm Sans scrupules raconte une histoire forte à la lisière du documentaire tant chacun de ses faits semble inspiré de faits réels !

Une adolescente de 17 ans prénommée Vanessa qui a disparu dans le Land de la Hesse

Agatha Novak est diplômée d’une école de journalisme renommée mais elle finit par travailler pour un site internet d’information en ligne nommé True Newz destiné à un public populaire. Andreas Meixner interprété par Thomas Loibl est le rédacteur en chef de True Newz qui confie à Agatha Novak une affaire qui va faire les gros titres au niveau national : une adolescente de 17 ans prénommée Vanessa qui a disparu dans le Land de la Hesse au centre de l’Allemagne ! Le père de Vanessa interprété par Bernd Hölscher est un entrepreneur qui rejette tout entretien avec Agatha Novak et son collègue photographe Thorsten Meier von Hagen interprété par Franz Pätzold. Cependant, Agatha Novak a des racines polonaises alors elle trouve un terrain d’entente avec la mère de la l’adolescente également originaire de Pologne. Agatha et la mère de Vanessa feuillettent ensemble l’album de famille en invitant la mère à montrer à la caméra les photos en bikini de sa fille adolescente ! Et pour que son reportage soit vraiment émouvant, Agatha recourt à un moyen perfide pour faire pleurer la mère de Vanessa ! Mais les larmes de la mère choquée sont loin d’être le pire exemple de l’absence de scrupules de Agatha Novak. La mère a mentionné un ami de Vanessa nommé Welat Nail qui est un réfugié ougandais et actuellement un aide-soignant dans une maison de retraite. Lorsque Agatha et son photographe fouillent ses poubelles, ils trouvent un indice apte à générer un soupçon considérable sur l’aide-soignant qui est rapidement arrêté par la police. Les deux journalistes savent évidemment ce que leur reportage va déclencher car la police relâche rapidement Welat Nail mais la foule qui se rassemble immédiatement devant son immeuble ne se préoccupe pas des détails !

Des scandales impitoyables pour les innocents qui en sont les victimes

La fin de Sans scrupules mérite une explication car le scénario laisse entendre que la jeune journaliste Agatha Novak a fini par changer d’attitude. Parallèlement, le scénario ne ménage pas l’industrie de la presse à scandale et de ses médias qui vivent de l’escalade des événements, comme l’admet sans détour Agatha Novak lors d’un entretien. Cette conversation menée par l’avocate de True Newz sert de cadre aux événements. L’intelligence du réalisateur Daniel Andreas Sager consiste à ne pas globaliser les journalistes dans leurs agissements les plus coupables mais au contraire à souligner l’intégrité des véritables journalistes. Le téléfilm Sans scrupules ne représente en aucun cas une accusation générale contre la presse populaire. Matthias Matschke interprète le journaliste Frederik von Ruetzow qui était autrefois le professeur d’Agatha à l’école de journalisme. Frederik von Ruetzow retrouve sa talentueuse ex-élève dans la Hesse où Vanessa a disparu. Pour Frederik von Ruetzow, Andreas Meixner le très conservateur rédacteur en chef du site True Newz est « le mal en personne », tandis que pour Agatha son ex-professeur Frederik von Ruetzow est un homme d’hier en s’adressant à lui presque avec mépris « De toute façon, seules les personnes avec un abonnement à un billet de théâtre vous lisent ». L’éternelle lutte du populisme méprisant contre les soi-disant élites intellectuelles ! 51 ans après L’honneur perdu de Katharina Blum de l’auteur allemand Heinrich Böll et 48 ans après Der Aufmacher de Günter Wallraff en 1977 qui avait révélé les dérives du journalisme populaire en Allemagne, le journal Bild n’est pas la cible du téléfilm Sans scrupules mais ce sont bien les réseaux sociaux populistes qui, à l’ère d’internet, véhiculent les messages simples menant à des scandales impitoyables pour les innocents qui en sont les victimes ! Même si le message critique des médias devient rapidement clair, puisque le titre allemand original du téléfilm est Bis es blutet qui se traduit en français par Jusqu’à ce que ça saigne, le téléfilm Sans scrupules est un drame captivant jusqu’à la fin !

Une performance d’actrice fantastique

Le téléfilm Sans scrupules a été présenté en Première mondiale à Munich au Filmfest München 2025, et il a été nominé pour le Filmkunstpreis Ludwigshafen, le Fritz Gerlach Preis et le Bernd Burgemeister Preis. Elisa Schlott offre une performance d’actrice fantastique qui mérite incontestablement un prix d’interprétation ! En 2022, dans la postface de la nouvelle édition de Der Aufmacher de Günter Wallraff, Georg Restle, directeur du magazine politique Monitor, a écrit que la numérisation “a eu un impact sur le journalisme comme un turbocompresseur” en précisant “plus rapide, plus fort, plus décomplexé”. Sans scrupules est un téléfilm très dur mais d’une actualité totale sur la dérive des médias et particulièrement des réseaux sociaux. Indispensable !

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