La réapparition des deux sœurs dans À la folie 17 ans après le premier film
La suite de Diabolo Menthe existe et elle est passée quasiment inaperçue ! Dans Diabolo Menthe sorti dans les salles de cinéma en 1977, le film réalisé par Diane Kurys suit Anne et Frédérique Weber qui sont deux sœurs adolescentes. Anne, la plus jeune, est une collégienne encore réservée, tandis que Frédérique, l’aînée, est plus affirmée et déjà tournée vers les premières expériences amoureuses. Anne est interprétée par Éléonore Klarwein et Frédérique est interprétée par Odile Michel. Au moment du tournage, Éléonore Klarwein avait environ 14 ans, ce qui correspond assez fidèlement à son personnage âgé de 13 ans. Odile Michel, elle, avait environ 17 ans, jouant Frédérique qui avait 15 ans. Diabolo Menthe est reconnu pour ce réalisme entre l’âge des actrices et celui des personnages qui renforce son côté autobiographique. En 1994, le film À la folie réalisé également par Diane Kurys met en scène deux sœurs, Alice et Elsa, mais dans un contexte beaucoup plus adulte et dramatique. Alice, incarnée par Anne Parillaud, est une jeune femme passionnée et fragile, tandis que sa grande sœur Elsa, jouée par Béatrice Dalle, apparaît plus marginale et intense. Au moment du tournage de À la folie, Anne Parillaud avait 34 ans pour son personnage dont l’âge se situe globalement dans la trentaine. Béatrice Dalle avait 30 ans interprétant également une jeune femme du même âge. Contrairement à Diabolo Menthe, les âges précis de Alice et Elsa ne sont pas explicitement indiqués dans le film À la folie mais ils correspondent clairement à ceux des deux sœurs proches de l’âge réel des actrices. Diane Kurys a choisi, dans ses deux films Diabolo Menthe et À la folie, des actrices dont l’âge se rapproche beaucoup de celui de leurs personnages, que ce soit pour représenter l’adolescence avec justesse ou pour explorer avec beaucoup plus de complexité les relations de deux sœurs à l’âge adulte. Les 17 ans d’écart entre le tournage de Diabolo Menthe en 1977 et le tournage de À la folie en 1994 respectent l’âge des deux sœurs ayant grandi entretemps ainsi Anne aurait 30 ans en 1994 et Frédérique aurait 34 ans en 1994 en correspondant parfaitement aux personnages de Alice et Elsa qui ont chacune une trentaine d’années !
Ma fille est une voleuse
Le film À la folie ne se présente pas comme une suite officielle de Diabolo Menthe mais il doit être perçu comme une suite possible de Diabolo Menthe se focalisant sur l’évolution des deux sœurs Anne et Frédérique devenues Alice et Elsa. Un court dialogue de À la folie relie sans aucune ambigüité les deux sœurs de À la folie aux deux sœurs de Diabolo Menthe ! En effet, lors d’une scène de À la folie, Alice et Elsa évoquent un moment clé de leur adolescence où leur mère s’était mise à crier dans la rue « Ma fille est une voleuse » afin d’infliger une honte publique à la jeune délinquante ! Le film Diabolo Menthe comporte une scène très similaire qui n’est pas évoquée mais qui est mise en image : Alice qui marche en retrait derrière Frédérique et sa mère va soudainement voler un flacon de parfum sur un étalage devant un coiffeur, le coiffeur sort de sa boutique et saisit Alice par le bras en lui demandant à haute voix « T’as pas honte ? », Madame Weber choquée marche à vive allure devant ses filles en criant dans la rue « Ma fille est une voleuse » ! Certes, Alice et Elsa ne sont pas Anne et Frédérique mais Alice et Elsa constituent une évolution possible de Anne et Frédérique 17 ans après leur adolescence dans Diabolo Menthe en permettant au public de découvrir ce que sont devenues Anne et Frédérique à la manière d’une suite elliptique de Diabolo Menthe. L’humiliation publique de l’adolescente dans la rue n’est pas une répétition accidentelle d’un film à l’autre mais plutôt une réutilisation d’un souvenir autobiographique fort que Diane Kurys traite sous deux angles différents, d’abord dans l’immédiateté adolescente, puis dans la mémoire et la reconstruction. La réalisatrice Diane Kurys a construit une bonne partie de son œuvre comme une autobiographie fragmentée où les mêmes événements réapparaissent sous des angles différents. Les deux films Diabolo Menthe et À la folie fonctionnent ainsi presque comme deux chapitres d’un même récit familial faisant de À la folie une suite non officielle de Diabolo Menthe.
C’est marrant les interdits
Le film Diabolo Menthe et le film À la folie sont probablement les deux meilleurs films de Diane Kurys. Diabolo Menthe est un immense succès populaire. À la folie est un film incompris injustement torpillé par la critique alors qu’il s’agit bien d’une œuvre majeure du cinéma français poussant les curseurs des tabous au maximum en interrogeant chaque spectatrice et chaque spectateur sur ses plus grands interdits. Diabolo Menthe et À la folie ont également pour point commun d’être inoubliables chacun à sa manière. À la folie a offert à Anne Parillaud et Béatrice Dalle deux de leurs plus grands rôles qui bravent tous les interdits sans le moindre tabou avec notamment cette réplique culte de Elsa incarnée par Béatrice Dalle « C’est marrant les interdits » lorsqu’elle incite l’amant de sa sœur à lui faire l’amour. Diabolo Menthe est aujourd’hui un film culte qui fait parti du patrimoine cinématographique français quand À la folie demeure un film osé oublié bien trop disruptif pour être diffusé à la télévision en première partie de soirée. Pourtant, tout en étant destiné à un public averti, À la folie reste un film fascinant à voir ou à revoir pour son histoire forte et aussi pour découvrir une suite alternative possible à Diabolo Menthe 17 ans après la fin du film. La performance artistique des deux actrices principales de À la folie est subjuguante : Anne Parillaud et Béatrice Dalle sont vraiment deux femmes fantastiques !


